Coût des études, enjeux et perspectives

By Joachim Le Tallec In Presse

Les études de santé en France sont le siège d’inégalités majeures entre les étudiants des différentes formations. Alors que les études médicales sont entièrement financées par l’État, les études paramédicales souffrent trop souvent d’un désinvestissement des organes responsables. Les formations sanitaires et sociales sont sous la responsabilité des régions depuis la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. Celles-ci ont la charge du financement du fonctionnement et de l’équipement des instituts lorsqu’ils sont publics et peuvent y participer lorsqu’ils sont privés.
Les études de kinésithérapie se déroulent dans des instituts de formation publics, privés à but non lucratif ou privés à but lucratif. Ces statuts ne sont cependant pas directement corrélés au montant des frais d’inscription. Ainsi, alors que certains instituts privés sont financés par la région à hauteur de 90% (Nancy), d’autres, publics, se voient délaissés par les conseils régionaux, comme à Brest par exemple.
Selon les régions, et selon les Instituts de Formation en Masso-kinésithérapie (IFMK), les étudiants peuvent avoir à débourser de 184€ à 9200€ par an, et ce durant les quatre ans de leur formation en institut. Ils obtiendront pourtant tous à la fin de leur cursus un même diplôme d’État.
Le coût des études ne s’arrête malheureusement pas là. En effet, aux frais d’inscription s’ajoutent les coûts liés à la formation, tels que les achats de fournitures, de livres, de blouses, ainsi que le coût de la vie. Le montant extrêmement élevé des frais d’inscription creuse encore davantage les emprunts bancaires que réalisent plus de 30% des étudiants.

L’accès aux études en kinésithérapie se fait via une première année universitaire (PACES, STAPS, Sciences Technologie Santé). Les étudiants sont orientés vers leur université de rattachement dans l’académie de passage du baccalauréat, et les filières PACES et STAPS étant sous tension, les étudiants ne peuvent facilement choisir une autre université que celle de leur académie. De plus certaines universités conventionnement avec plusieurs IFMK de statuts parfois différents, et certains étudiants peuvent se retrouver à payer leur formation très chère pour un millième de point seulement à leurs résultats de PACES.
Les étudiants n’ont de fait pas le choix de l’institut dans lequel ils suivront leur cursus en kinésithérapie. De manière géographique, on observe donc des inégalités criantes entres les étudiants.

Après une première année universitaire à 189€, les étudiants qui choisissent de s’orienter vers des études de kinésithérapie se heurtent de plein fouet à une réalité peu réjouissante. Certains se résignent même à changer d’orientation, ne pouvant assumer des frais d’inscription aussi élevés. La surprise est grande lorsque les lycéens débutent leurs recherches sur les sites des IFMK. La plupart ne comprennent pas la raison de ces frais d’inscription et nombreuses sont les familles déroutées face à l’avenir qui s’offre à elles.

Le choix de l’exercice est fortement conditionné par la charge financière des études. En effet, la rémunération hospitalière ne permet pas à l’étudiant de choisir ce type d’exercice en début de carrière. La kinésithérapie est un métier riche, extrêmement varié, et qui peut se décliner sous plusieurs formes. Bien que l’exercice libéral soit le plus répandu à l’heure actuelle, l’attractivité du milieu hospitalier est corrélée aux frais d’inscription que supportent les étudiants. Alors que le projet professionnel, construit durant le cursus, devrait pouvoir s’accomplir sereinement sans la pression financière d’un prêt à rembourser, il est trop souvent mis à mal par les contraintes liées aux sommes engagées pour les études.

Ces disparités entraînant d’importantes inégalités entre étudiants ne peuvent plus durer. La formation en kinésithérapie débouche sur un Diplôme d’État, une profession reconnue par l’État français et remboursée par l’Assurance Maladie. Comment expliquer qu’une même formation, régie par une maquette nationale, délivrant un diplôme unique, présente de telles inégalités ?
Il est anormal que plus de 30% des étudiants en kinésithérapie doivent contracter un prêt d’en moyenne 25000€ pour mener à bien leurs études.
Il est donc grand temps que les régions prennent la mesure de l’investissement nécessaire pour permettre à leurs futurs professionnels de santé d’étudier dans de bonnes conditions !

Documentation FNEK – Coût des études (PDF)